P. Aisenberg (LinkByNet): “Migrer une infrastructure ne laisse pas de place au doute”

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Migrer une infrastructure d'un centre de données vers un autre est une opération complexe. Le PDG de l'hébergeur-infogéreur Linkbynet, nous livre quelques conseils.

Déménager son infrastructure d’un centre de données vers un autre.

Ce thème intéresse nombreux décideurs informatiques qui n’ont pas toujours les bons réflexes pour préparer et gérer une telle opération.

Une migration de grande ampleur est également l’occasion de passer d’un environnement physique à un environnement virtuel.

Nous avons donc posé quelques questions à ce sujet à un expert, en la personne de Patrick Aisenberg, PDG de l’hébergeur-infogéreur “Linkbynet“.

L’homme a été confronté à cette situation lors du déménagement de matériel…

Vnunet: Pourriez-vous nous présenter votre société ?

Patrick Aisenberg: LINKBYNET a été créée en 2000. Elle est née de l’expertise de plus de dix ans dans le monde de l’informatique de mon frère et moi-même. Nous sommes aujourd’hui spécialisés dans l’hébergement et l’infogérance. Nous proposons des services performants et de haute qualité à nos 800 Clients qui comptent des groupes comme Sodexo, Saint-Gobain, Euromaster.

Notre chiffre d’affaire est de 13 millions d’euros et nous employons actuellement plus de 150 personnes.

Vnunet: Vous avez récemment décidé de migrer une partie de votre infrastructure depuis le centre de données de Iliad Entreprises (ex telecom italia entreprises, ndlr) vers Equinix, pourquoi ce choix ?

P. Aisenberg: Un différend contractuel entre Iliad et Linkbynet nous a conduit à revoir notre stratégie d’hébergement et à consolider nos infrastructures et donc réduire le nombre de nos datacenters. Nous avons donc pris la décision de quitter le datacenter de Vitry sur Seine où nous avions près de 400 équipements.

Notre choix s’est porté sur Equinix. Nous y avions déjà une salle et étions satisfaits de la qualité de service. De plus, ils sont situés à une distance très courte (quelques centaines de mètres) de notre siège de Saint-Denis ce qui facilitait ce déploiement en des temps records. Enfin, techniquement toutes les salles de ce datacenter de dernière génération sont en 32 ampères ce qui est un pré-requis obligatoire aujourd’hui pour nos services.

Vnunet: Comment se prépare une migration de cette ampleur ?

P. Aisenberg: Dès que cette décision a été prise et sachant qu’il nous restait que 3 mois pour migrer, le travail a été initié. Notre équipe projet a pris en main le dossier et un groupe de travail spécifique a été déployé pour prendre en charge le dossier. Cette équipe regroupait un grand nombre des services de l’entreprise : administrateurs unix/windows, réseau, activités transverses (supervision, sauvegarde, statistiques), commerciale, facturation, communication.

Un planning de réunion de suivi a ensuite été réalisé afin de valider les avancées de chaque périmètre de responsabilité. Nous avons du consolider une somme considérable d’informations sur chaque Client présent dans ce datacenter, sa configuration, ses impératifs ainsi que mettre en place une coordination rigoureuse de toutes les interventions que devaient réaliser chaque équipe. Notre département projet a été le chef d’orchestre de cette partie.

Vnunet: C’est donc un travail important qui nécessite une équipe avec des compétences particulières ?

P. Aisenberg: Un travail gigantesque a été réalisé pour répertorier précisément tout le matériel présent sur le datacenter, répertorier le point de départ, le point d’arrivée (N° de baie, N° de U, prise PDU, connectique), les ports utilisés de chaque équipement.

Il faut également planifier les migrations (N° de lot, heure de départ, d’arrivée, d’installation, de remise sous tension…), trouver une salle dans un autre datacenter pour accueillir les équipements et en négocier les coûts, préparer la salle blanche (les baies).

Sans oublier de définir les besoins en personnel, le rôle de chacun et les informer/former, puis planifier les interactions avec les partenaires techniques de nos clients (ex / prestataire pour déplacer les équipements spécifiques).

Enfin, nous avons du informer les Clients pour leur présenter la migration. C’était l’occasion de leur proposer de profiter de l’occasion pour virtualiser leurs serveurs sur @gile.

Vnunet: Quelles ont été les contraintes à prendre en compte ?

P. Aisenberg: Tout d’abord, cette migration a un coût non négligeable en matériel et location de salles et en frais de personnel. Optimiser au maximum ces coûts était une priorité.

En second point, les délais (3 mois) étaient courts pour tout organiser connaissant le nombre d’équipements et leur criticité.

En troisième lieu, la communication était importante car nous voulions être le plus transparent possible afin de séréniser nos clients.

Puis le cadre légal du droit du travail à prendre en compte car les volontaires qui sont intervenus ont travaillé de nuit. L’organisation de la rotation des équipes sur les deux sites en tenant compte du transport des équipements fût complexe.

Vnunet: Comment avez-vous géré la relation avec les clients pour minimiser l’impact sur les services ?

P. Aisenberg: Tous les clients ont été appelés par leurs contacts habituels (commercial ou projet) et nous leurs avons présentés tous les détails de la migration. Nous avons validé avec eux la procédure d’arrêt/redémarrage de leur service. En parallèle d’une communication régulière par le biais de mails et de lettre d’information pendant les trois mois précédents la migration, ils ont été informés par mail, SMS ou téléphone durant la totalité de la migration des différentes étapes de celle-ci (annonce de l’arrêt des services et de la mise en place de la page d’attente, annonce du départ des équipements du centre de Vitry sur Seine, annonce de l’arrivée au centre d’Equinix, annonce de la relance des services).

Pendant toute la migration une page d’attente était disponible pour informer les internautes de nos clients de l’intervention en cours.

Vnunet: Le jour J, comment cette opération s’est-elle déroulée ?

P. Aisenberg: L’opération en elle-même a commencé à 14h00 pour les services internes le vendredi 13 Mars et s’est terminé à 12h00 le samedi 14 Mars sachant que nos clients étaient regroupés en 8 lots. Chaque lot est resté dans le cadre prévu de 5h00 de coupure au maximum sachant que dans la grande majorité des cas la durée a été inférieure.

Pour les incidents, nous avons connu pour quelques clients des ralentissements des temps de réponse de sites que notre équipe réseau a traités dans la matinée avant de retrouver une situation normale.

Vnunet: Qu’avez-vous appris de cette migration ?

P. Aisenberg: Nous avons encore augmenté notre expérience en matière de gestion des équipes. Planifier et encadrer une équipe de 60 personnes de tous horizons en matière de compétence est une expérience très complexe mais très riche.

Nous avons également constaté une véritable mobilisation des collaborateurs autour de ce projet d’entreprise, tout le monde voulait participer quelque soit son domaine de compétence. Durant la migration, l’ambiance était à la fois hautement professionnelle et très joyeuse, tout le monde avait le sourire, quelque soit l’heure de la nuit…

>> En complément, Patrick Aisenberg résume les erreurs à ne pas commettre:

- Manquer de préparation – ne pas être extrêmement minutieux,
- Ne pas prévoir l’imprévisible,
- Laisser place au doute dans l’organisation des opérations techniques
- Ne pas beaucoup communiquer avec les clients,
- Ne pas prendre en compte la dimension humaine et ses limites.
- Ne pas prévoir un environnement serein pour que les personnalités clefs puissent travailler dans le calme.

Poursuivez le dialogue avec notre invité en posant vos questions dans les commentaires ci-dessous.

Nicolas GUILLAUME

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