S. Mink (1&1) : “Nous gérons plus de 60 000 serveurs dans le monde”

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Le responsable des centres de données de l'hébergeur allemand nous dévoile quelques éléments de l'infrastructure qu'il gère au quotidien avec son équipe.

En Février dernier, nous avions pu accéder au chantier d’un data center géant de l’hébergeur allemand 1&1 à Hanau près de Francfort (voir également le reportage vidéo), ainsi qu’au centre historique du fournisseur qui est situé à Karlsruhe.

Avec son compatriote Strato récemment passé aux mains de Deutsche Telekom et le français OVH, 1&1 (propriété du groupe United-Internet, ndlr) est l’un des trois plus gros hébergeurs européens et se classe parmi les plus importants à l’échelle mondiale (Top 20).

En cette fin d’année, alors que le chantier du centre de Hanau se poursuit, ITespresso vous propose une interview inédite de Stefan Mink, responsable de l’infrastructure d’hébergement et des centres de données de l’hébergeur.

Il nous dévoile quelques éléments de l’infrastructure IT qu’il gère au quotidien avec son équipe…

(Interview traduite en français)

ITespresso : Bonjour Stefan. Pourriez vous nous dire quelques mots sur vous ?

S. Mink : Je suis issu de l’université de Karlsruhe. J’ai débuté chez 1&1 en 1999 en tant qu’ingénieur réseau. A partir de 2003, j’ai dirigé le réseau de 1et1, et dès 2006, je me suis occupé en sus de la conception et de la construction du premier centre de données américain de 1et1. En 2008, mes fonctions s’élargissent à la direction de tous les centres de données de 1et1 (y compris en Europe), puis incluent également dès 2009 la gestion des réseaux de centres de données.

ITespresso : Pouvez-vous nous détailler l’infrastructure d’hébergement de 1et1 ?

S. Mink : Nous gérons plus de 60 000 serveurs dans le monde. La majeure grande partie sont des serveurs dédiés qui sont loués par nos clients. Notre plateforme d’hébergement mutualisé se compose d’environ 1 000 serveurs. Sur chaque machine sont enregistrées les données de 1 000 à 10 000 clients. Afin d’offrir une sécurité maximale, nous avons un système de sauvegarde pour toutes les données des clients dans un centre de données dans une pièce distante. De même, notre système de messagerie se compose de plusieurs centaines de serveurs. En complément des systèmes de sauvegarde, il existe une copie complète de la plateforme mail dans un deuxième centre de données. Ainsi en cas d’incident technique, nous pouvons immédiatement permuter.

ITespresso : La redondance est donc prise en compte ?

S. Mink : Pour tous les systèmes critiques, nous avons fixé une redondance de n+1, il y a donc toujours un système disponible en plus de ce qui est nécessaire en temps normal. Pour la connectivité mondiale, nous sommes reliés par deux chemins séparés et par des opérateurs différents. Notez que notre réseau européen a une capacité de bande passante dépassant 120 Gigabits par seconde (voir bas de page).

ITespresso : Vous êtes implanté aux États-Unis. Pourquoi avoir fait le choix du Kansas ?

S. Mink : Le choix de l’emplacement aux États-Unis s’est surtout appuyé (comme pour notre nouveau centre de données à Hanau en Allemagne) autour de la question des infrastructures. La ville de Lenexa a une situation centrale et dispose d’une très bonne connectivité aux réseaux optiques. Ceci est dû au fait que beaucoup de câbles en fibre optique ont été posé à côté des voies de chemin de fer et que la ville de Kansas-City est l’un des plus gros nœud ferroviaire aux États-Unis. De plus à Lenaxa, le prix de l’électricité est très bon marché.

ITespresso : Quelle taille critique faut-il atteindre pour construire et gérer son (ses) propre centre de données plutôt que de se baser sur un prestataire existant qui loue des mètres carrés ?

S. Mink : Il n’y a pas de réponse standard à cette question car la décision dépend de plusieurs facteurs très différents. C’est donc moins une question de taille qu’une question d’objectif commercial. Une entreprise qui traite des données confidentielles, comme par exemple une banque, a de plus grandes exigences en matière de sécurité qu’un constructeur automobile. Chaque entreprise a ses exigences techniques bien précises sur ce que va lui apporter un centre de données. La question se posera aussi en terme d’économie : combien peut-elle et veut-elle investir. Et enfin, en terme de flexibilité, quel apport pour sa structure. Il ne faut pas oublier que pour assurer le fonctionnement ou même la construction d’un centre de données en propre, il faut bien entendu le personnel compétent approprié.

Dans notre cas, nous avons donné la priorité à nos propres centres pour intégrer les infrastructures que nous avons développées en interne. Nous sommes ainsi plus flexible.

ITespresso : Lorsque vous construisez un centre de données, est ce que vous bénéficiez d’aides des états dans lesquels vous vous implantez ? Peut-on imaginer voir un centre de données européen de 1et1 en France ou dans un autre pays européen que l’Allemagne ?

S. Mink : Nous n’avons pas eu recours aux aides de l’état pour nos centres de données. Le fait que nos clients européens soient tous servi depuis l’Allemagne a surtout des raisons historiques. 1&1 a commencé comme fournisseur d’accès dans ce pays et c’est au fil des ans qu’il s’est développé sur d’autres marchés. Comme en Europe, les distances sont relativement courtes et que techniquement le lieu où est situé un ordinateur connecté à internet n’est pas d’une grande importance, nous avons installé les serveurs pour nos clients internationaux dans nos centres de données existants. Si nous trouvons en France ou dans d’autres pays des lieux appropriés à bas prix, il n’est pas exclu que nous construisions de nouveaux centres sur des territoires autres que l’Allemagne.

ITespresso : En matière de Green IT, quelle est la politique de 1et1 ?

S. Mink : Pour tous ses centres de données, 1&1 s’approvisionne exclusivement en énergies renouvelables (énergie éolienne, hydraulique ou solaire) auprès d’un fournisseur d’électricité écologique. A Hanau, nous utiliserons le même fournisseur qu’à Karlsruhe, à savoir la société Stadtwerke Karlsruhe.

ITespresso : Comme d’autres concurrents, avez-vous optimisé vos serveurs pour consommer moins d’énergie ?

S. Mink : En premier lieu, nous optimisons l’infrastrucuture IT. Nous installons toujours du matériel informatique de dernière génération et nous faisons en sorte qu’il soit le plus économique possible en terme de consommation électrique, comme les dernières générations de processeur AMD-Opteron que nous intégrons dans des serveurs construits, à notre demande, sur mesure. L’alimentation électrique se fait par une partie très efficace du secteur appelée 80 +- et en outre, nous nous passons des composants inutiles.  En ce qui concerne les racks, nous veillons à ce qu’il y ait un système efficace de refroidissement, au plus près du serveur. En second lieu, il s’agit de l’infrastructure du centre de données qui est construite pour qu’elle consomme le moins d’énergie possible. Pour satisfaire nos besoins supplémentaires en courant, nous achetons alors de l’électricité en provenance de sources d’énergies renouvelables.

ITespresso : Votre datacenter de Hanau en cours de construction sera donc “100 % vert” ? Est ce vraiment possible ?

S. Mink : Depuis fin 2007, 100 % de l’électricité que nous achetons provient des énergies renouvelables. Actuellement, dans le cadre du système européen RECS, notre fournisseur d’électricité achète l’électricité qu’il nous livre à une centrale hydroélectrique norvégienne. Évidemment, les électrons qui alimentent nos centres de données en électricité ne proviennent pas de Norvège, mais le courant va alimenter le réseau européen. Par notre implication, nous contribuons à ce que l’offre en “courant vert” soit en permanence augmentée.

ITespresso : Comment est organisé votre NOC (centre de supervision réseau) pour gérer les datacenters, le réseau et l’administration des serveurs ?

S. Mink : Nos serveurs ainsi que le réseau 1&1 avec ses points de présence en Allemagne en Europe et aux États-Unis sont entièrement managés depuis Karlsruhe. Comme nous avons sur place un service de permanence 24 heures sur 24, il n’y a pas de différence avec le décalage horaire des États-Unis. Avec internet, nos ingénieurs peuvent administrer un système depuis n’importe quel endroit du globe en étant muni d’une simple connexion internet.

ITespresso : 1&1 semble être très proche de Microsoft… utilisez-vous également des logiciels libres ?

S. Mink : La base technique de notre ferme de serveurs est le système d’exploitation libre Linux. Le code source libre nous a permis d’effectuer les ajustements grâce auxquels nous pouvons offrir à nos clients une prestation optimale. L’important dans le cas présent est de développer le plus possible en interne, ce qui permet non seulement de pouvoir diagnostiquer et réparer les erreurs mais aussi d’être moins dépendants.

ITespresso : Sur quels matériels vous basez vous pour le routage/switch ? Avec quels opérateurs télécoms travaillez-vous ?

S. Mink : Nous utilisons deux fabricants, c’est-à-dire que nos routeurs backbone (cœur de réseau) proviennent de différents fournisseurs pour nous protéger contre les bugs et les failles de sécurité. Nous gérons notre propre backbone et nous louons ou construisons et gérons une fibre otique (Dark Fiber) et un réseau DWDM dans toutes les agglomérations urbaines afin d’être indépendant, flexibles et d’avoir une stabilité des prix. Il y a deux ans, nous sommes passés en grande partie de SDH à Ethernet. Cette technologie est moins chère et plus efficace que SDH qui provient du marché de la téléphonie classique. Dans les régions dans lesquelles l’opérateur ne fournit pas de port Ethernet, nous convertissons nous même en Ethernet (10 GE WAN-PHY optique). Et dans les régions dans lesquelles 10 G ne passe pas, nous utilisons SDH. Par exemple STM-16 (2,5 Gigabits par seconde).

ITespresso : Vous êtes présents sur les points de peering de trois capitales européennes (Londres, Francfort, et Amsterdam) mais pas Paris: Pourquoi ?

S. Mink : C’était une décision purement économique. Londres et Amsterdam sont des places fortes pour internet. C’est pour cela que nous avons commencé par ces deux nœuds. Via le nœud londonien LINX, nous atteignons tous les fournisseurs français importants comme si nous étions sur place. C’est pourquoi un raccordement aux nœuds français n’aurait pas de sens actuellement.

Carte du réseau de 1&1 (source 1&1 / Janvier 2008)

Nicolas GUILLAUME

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