S. Moriceau (LinkByNet): “moins de serveurs physiques, c’est moins d’émissions carbones”
Le Responsable systèmes et applicatifs de l'hébergeur-infogéreur nous livre son point de vue sur la virtualisation. Il donne les clés pour encourager la migration d'une infrastructure physique vers une plate-forme virtualisée.
Après la migration d’un datacenter vers un autre, c’est d’une autre migration que nous allons parler: le passage d’une infrastructure “physique” à une infrastructure “virtuelle”.
Nous retrouvons Sébastien Moriceau, responsable systèmes et applicatifs chez LinkByNet, qui nous donne son point de vue et explique comment peut se dérouler une telle opération.
Vnunet: Quels sont les facteurs qui peuvent pousser à migrer d’un environnement physique vers un environnement virtuel ?
Sébastien Moriceau: Il y a plusieurs facteurs importants qui rendent incontournable le retour sur investissement induit par la virtualisation de serveurs: économique, performance, disponibilité et enfin écologique.
Économique car nous savons qu’un serveur physique n’est jamais utilisé à 100% de ses capacités mais en moyenne à 20%, il y a donc des investissements hardware que l’on peut rationaliser en mutualisant leur utilisation. De plus, chaque serveur nécessite un budget de fonctionnement important cumulant consommation électrique, climatisation et espace baie dans le datacenter.
Nos clients ont rapidement constaté que le bilan économique est beaucoup plus attractif avec un modèle où l’on virtualise 50 serveurs sur 4 machines physique plutôt que d’utiliser 50 machines physiques. Ceci est d’autant plus important que cette solution ne nécessite aucune acquisition de matériel.
Ensuite, les facteurs performance et disponibilité sont très importants. La virtualisation a amené un grand nombre de mécanismes favorisant la haute disponibilité des services comme les mécanismes de bascule automatique des instances virtuelles en cas de panne physique, déplacement à chaud des instances, clustering d’une seule instance sur plusieurs machine physiques, mécanismes de réplication automatiques de SAN à SAN permettant la mise en place de solution de PRA/PCA sur des sites distants, duplication de serveurs virtuels sans coupure de service, augmentation des ressources (CPU, RAM, stockage) d’une instance virtuelle à chaud… la liste est longue.
Vnunet: … et du point de vue écologique ?
S. Moriceau: Oui, les facteurs écologiques sont évidents car moins de serveurs physiques, c’est moins d’émissions carbones, moins d’énergie consommée pour le fonctionnement des serveurs ou leur refroidissement, c’est moins de composants polluants utilisés pour les fabriquer. C’est aussi moins de déplacements physiques pour maintenir et intervenir sur le matériel.
Vnunet: Comment doit se préparer une telle migration ?
S. Moriceau: En amont de l’installation, le réseau doit préparer la migration afin que le serveur virtuel puisse joindre le virtual center, le serveur qui gère le cluster VMware. Nous devons donc ouvrir les ports VMware à cet effet.
Il faut ensuite donner un nom à ce serveur, spécifier si nous gardons le même espace disque que le serveur physique, déterminer le nombre de carte réseau que le serveur doit avoir. Par défaut les ressources machines (CPUI, RAM, espace disque) seront identiques à la migration, ce n’est que dans un second temps qu’elles pourront évoluer. Nous devrons ensuite nettoyer le serveur virtuel de tous les composants physiques par défaut (port USB, port com, port imprimante, etc.), démarrer le serveur pour la première fois en désinstallant les outils constructeurs, effectuer la configuration réseau (ouvrir les ports VMware), vérifier que le serveur virtuel et que les applications fonctionnent, réaliser les tests et le recettage par le client.
Vnunet: Est ce qu’il y a une méthodologie différente entre un environnement type Linux ou Microsoft ?
S. Moriceau: Oui, la méthodologie de migration d’un serveur physique vers un serveur virtuel est différente selon que nous migrons un environnement Windows ou Linux.
Pour un environnement Microsoft, nous nous reposons sur l’outil VMware Converter qui sert à virtualiser un serveur physique directement sur un serveur virtuel. Nous l’utilisons soit machine allumée (à chaud) soit machine arrêtée (à froid). Dans le premier cas, nous installons le logiciel sur le serveur virtuel et nous copions tous les données du serveur physique pour préparer la migration vers le serveur virtuel.
Il existe une seconde solution qui consiste à utiliser un CD et le mettre dans le serveur physique au sein du Datacenter. Il faudra ensuite redémarrer le serveur. Il le fera en bootant directement sur le VM Converter. Cette méthode est intéressante dans la mesure où le serveur étant arrêté, il n’a aucun accès vers l’extérieur (web) ou vers l’intérieur (base de données, autres serveurs, etc.) qui peut polluer la récupération des données.
Pour un environnement Linux, le principe est semblable à la partie Microsoft au détail prés que nous ne nous reposons pas sur un quelconque outil (il n’y en a pas de réellement performant). Nous nous basons sur un logiciel propriétaire. Il faut tout d’abord passer par l’étape de création de la machine virtuelle cible (avec les cartes réseaux, les différents disques, CPU, RAM, etc..), puis, boot sur le live CD. Puis, la préparation des disques de la VM (partitionnement et formatage), mise en place d’une IP temporaire sur le live CD et ouverture des flux SSH entre le serveur physique et la VM.
Vient ensuite l’étape du lancement de la synchronisation (Os + données), la synchronisation peut-être relancée plusieurs fois si les données ont besoin d’être rafraichies. Nous procédons après au nettoyage du serveur, des composants spécifiques au matériel (outil constructeur, …), la modification de la configuration réseau, la mise en place du gestionnaire de démarrage. Et pour terminer, le redémarrage du serveur avec sa nouvelle configuration réseau devant prêt à être utilisé.
Vnunet: Quels sont les matériels aptes à supporter la virtualisation
S. Moriceau: Selon les éditeurs, un grand nombre d’équipements peut supporter la virtualisation de serveurs.
Par expérience, ce n’est pas aussi simple et la qualité du matériel ainsi que son homogénéité est primordiale. Par exemple, nous nous sommes aperçus que le mélange de barrettes de mémoire différentes, ne serait-ce qu’au niveau de leur fréquence, à capacité identique, peut devenir problématique et créer des bugs. Cela nécessite une grande prudence, des tests poussés et surtout un inventaire précis des références pour fiabiliser les upgrades ultérieurs des matériels.
Nous avons donc opté pour un matériel que nous connaissons bien, fiable, avec peu de pannes et auprès d’un constructeur avec lequel nous avons un support réactif.
Étant donné la consommation de ressources des hyperviseurs, nous choisissons systématiquement des serveurs surdimensionnés en CPU et RAM. De plus, nous centralisons systématiquement le stockage de données sur un SAN et non sur les disques du serveur. Cette configuration permet d’obtenir une performance d’accès aux données incomparable (les SAN sont équipés de disques fibre avec plusieurs têtes de lectures) et une sécurité inébranlable avec les raids virtuels. De par notre expérience, un SAN est rarement en panne.
Vnunet: Que vous disent vos Clients après avoir effectué un switch serveur réel -> virtuel ?
S. Moriceau: Avec la configuration SAN + ESX, le gain de performance est incontestable. La raison est simple, un disque SCSI de serveur autorise en moyenne 140 i/o seconde. Sur un serveur raid 5, cela fait 500 à 600 i/o seconde au total. Sur nos infrastructures SAN HP EVA 4400 par exemple, nous atteignons plus de 7 000 i/o seconde ! La performance n’est donc pas du tout la même.
Nos clients constatent une amélioration des temps de réponse et une augmentation de la disponibilité tout en diminuant le budget. D’ailleurs les chiffres le montrent, toutes ces raisons font qu’aujourd’hui 85% de nos serveurs déployés sont des instances virtuelles, et la majorité de ces instances sont déployées sur @gile.

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