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Initiative “Open Compute” : La réaction de l’hébergeur français OVH

Après la publication des “secrets de fabrication” des serveurs et datacenter de Facebook dans le cadre de l’initiative “Open Compute”, Silicon.fr a contacté quelques acteurs français pour leur demander de réagir.

Premier à se plier à cet exercice : l’hébergeur français OVH qui construit ses propres serveurs, nous livre sa vision par la voix d’Octave Klaba, co-fondateur et directeur technique.

Interview réalisée le 08/04/2011

Silicon.fr : La mise à disposition du design d’un serveur et d’un DC est une grande première… que pensez vous de cette initiative? Est-ce que vous pourriez lui emboiter le pas en publiant des informations également?

O. Klaba : Pour Ovh, il n’y a rien vraiment intéressant ni de révolutionnaire dans le design du serveur de facebook. Comme c’est notre métier, nous nous sommes posés ces questions en 2001 et depuis nous fabriquons les serveurs chez nous. Notre serveur est beaucoup plus simple car il s’agit d’une simple taule de métal découpé au laser et plié. Il n’y a pas besoins de faire les soudures. Et puis surtout, nos serveurs sont refroidis à l’eau, donc sans ventilateurs. On sait mettre jusqu’à 6 disques par serveurs.

Silicon.fr : Vous disposez de brevets empêchant la publication d’informations?

O. Klaba : Dès le départ, nous avons fait le choix de ne pas déposer les brevets et garder secrètes toutes nos innovations… Cela ne sera pas remis en question. Ceci dit, nous avons largement parlé de nos innovations avec notre “Ovh Mag n°1″ qui est toujours en téléchargement gratuit sur notre site. Il n’y a rien de vraiment extraordinaire: du bon sens et plein de la remise en question. En clair, Ovh ne va pas publier ses secrets de fabrications car il s’agit de notre métier. Le datacentre pour Facebook c’est seulement la matière première. Si demain, facebook publie son code en GPL… là, ça serait vraiment une belle annonce.

Silicon.fr Que pensez-vous des données publiées et de la conception du datacenter Facebook?

O. Klaba : Il n’y a rien de nouveau à notre niveau. On a environ 5 à 6 ans d’avance sur nos dernières réalisations (privateCloud ou le centre de données RBX4). Par exemple, nous avons un nouveau mode de watercooling avec une techno qu’on a appelé en interne “l’eau qui ne coule pas” …

Silicon.fr : Selon vous, est ce que dans un avenir plus ou moins proche, un datacenter “100%” green (autonome en énergie) est envisageable?

O. Klaba : Il faut décomposer en 2 parties: production de l’énergie et consommation de l’énergie. En 2004 et 2007, nous avons travaillé sur la consommation des datacenters et c’est désormais chose faite. Le PUE de notre site Paris “P19″ (notre premier datacentre construit en 2004) est de 1.5 et sur notre cinquième datacentre RBX4, le PUE est proche de 1. Et si l’on prend en compte le fait que l’on chauffe les voisins, on pourrait même annonce le PUE < 1.

Sur la production de l’énergie, nous sommes en cours de construction de notre premier champs éolien de 6MVA qui va produire de l’énergie pour notre futur centre de Strasbourg. Ce sera notre premier datacentre totalement autonome en énergie. Cela arrivera début 2012.

L’hébergeur OVH confirme son souhait de devenir producteur d’électricité

Il n’y a pas que les géants américains qui peuvent se targuer d’investir dans les énergies renouvelables. En Europe, cela bouge aussi chez des acteurs de plus faible taille.

Le numéro deux européen de l’hébergement de sites et de serveurs internet, le français OVH, avait ainsi glissé dans nos colonnes en 2010 qu’il escomptait prendre son indépendance d’un point de vue énergétique.

Au détour d’un message posté par Octave Klaba dans le forum dédié aux clients de l’entreprise roubaisienne, l’on apprend que ce projet pourrait voir le jour à moyen terme.

En effet, l’hébergeur déclare qu’il a investit (un montant non-communiqué, ndlr) dans l’éolien pour soutenir une jeune pousse nordiste spécialisée dans ce secteur.

“Pour l’instant le marché est totalement bloqué par 3-4 constructeurs qui se sont fait agréés auprès de banques et donc aucun autre fabriquant d’éolien ne peut pas se développer par manque de financement” explique Octave Klaba, fondateur d’OVH.

En l’état, l’entreprise de Roubaix ne cherche qu’à tester un prototype d’éolienne. Cela a pour but de valider le produit (et le projet) puis de l’homologuer avant son utilisation en conditions commerciales.

“Si tout se passe bien alors, nous allons pouvoir le démonter et le mettre en place sur le terrain que nous possédons en Alsace (…) Ce champ est pour l’instant vide et il attend les éoliennes (…) Et comme on ne souhaite pas que ça soit juste un autre champ standard avec de technologies anciennes, on le finance par nous-mêmes sans les banques qui ne souhaitent pas entendre parler de ce projet” justifie le fondateur d’OVH.

Celui-ci aimerait démarrer la production d’énergie courant 2012. Et devenir autonome dès 2015.

Un immense chantier et une problématique complexe à gérer pour l’hébergeur qui ne peut prendre le risque de voir sa facture d’électricité augmenter sans répercuter ce coût sur ses clients. Et donc, entrainer une profonde remise en cause de son modèle “low cost”.

OVH, qui a de la suite dans les idées, pourrait même faire appel à ses clients pour co-financer les futures installations…

OVH/DREAL : L’hébergeur pourra finalement continuer de se développer à Roubaix

La polémique qui avait éclaté au mois d’Octobre entre OVH et la DREAL se referme aussi vite qu’elle est arrivée.

Selon nos informations couplées à celles du journal Nord Éclair, l’hébergeur devrait pouvoir continuer de se développer dans le nord.

Un rendez-vous entre un sous-préfet, le maire de Roubaix et la Dreal (direction régionale de l’environnement) a ainsi permis de remettre le dossier OVH sur la table.

“La réunion a été hyper constructive, confie l’entrepreneur roubaisien. Nous avons nous-mêmes présenté des améliorations et la Dréal s’est engagée à mener des contrôles de bruit supplémentaires. Jusqu’alors, les mesures n’étaient pas effectuées de manière totalement correcte” a expliqué à nos confrères Henryk Klaba, PDG d’OVH.

L’hébergeur qui envisage de construire de nouveaux centres de données va même bénéficier d’un appui technique de la Dreal. Il s’agira cette fois de dépolluer un terrain sur lequel sera construit le(s) centre(s).

Pour rappel, OVH utilise le principe du watercooling pour refroidir ses serveurs grâce à de l’eau pompée dans la nappe phréatique.

Polémique (suite) : OVH mis officiellement en demeure par la DREAL

C’est un véritable bras de fer qui vient de s’engager dans le Nord de la France.

D’un côté, l’hébergeur OVH (numéro un français et numéro deux en Europe) avec ses 250 emplois et la mairie de Roubaix [Voir notre sujet du 19 octobre, ndlr].

De l’autre, des riverains de la zone industrielle dans laquelle est installée OVH et la DREAL de région (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement).

Au cœur de tous les maux, les centres de données de l’entreprise et leurs systèmes qui feraient un bruit trop important.

“OVH se trouve dans une zone à émergence règlementée car occupée par des tiers” nous confie la mairie de Roubaix.

Suite à la plainte d’un riverain, un contrôle du bruit a été effectué. Au terme de celui-ci, le niveau sonore généré par les installations a été calculé et serait légèrement supérieur au niveau habituellement autorisé.

La DREAL a donc adressé une mise en demeure à OVH pour que l’hébergeur prenne les mesures nécessaires permettant une réduction du bruit généré par ses centres de données.

“Les suites données à une mise en demeure sont déterminées au cas par cas dans ces cas de figure” explique la collectivité.

Contacté par Silicon.fr, OVH confirme avoir reçu cette mise en demeure.

Octave Klaba, fondateur et directeur technique, nous indique que “étant donné que nos datacentres sont écologiques, nous n’avons pas de problèmes liés aux climatisations. Il s’agit uniquement de problème de bruit. Un bruit comme le bruit de frigo à la maison.”

Notre interlocuteur dit avoir déjà fait des travaux depuis début de l’année pour diminuer le bruit ambiant dans la rue et à côté du canal de Roubaix.

“Dans la journée, nous ne dépassons plus la norme mais durant la nuit notre data centre fait 50.5dB au lieu de 48dB. Les travaux que nous avons effectué ont été très lourd puisque nous avons investi plus de 100 000 euros pour insonoriser les équipements extérieurs” argumente Octave Klaba.

Aux dires du dirigeant, la source de bruit vient de l’intérieur du centre de données (les ventilateurs de serveur).

Et comme pour ne rien arranger, la Dreal [qui n'a pas retourné notre demande d'interview] ne voudrait rien entendre.

“La personne de la DREAL qui suit notre dossier n’est pas particulièrement constructive et ne veut pas trouver de solution” s’exaspère Octave Klaba qui ajoute que “étant donné cette position, la seule solution technique qui nous reste consiste à déplacer les éléments du centre une centaine de mètres plus loin”.

Un transfert d’activité dans une autre région ?

Face à cet épineux problème, le monde politique local s’active pour éviter que le fleuron local du secteur high-tech ne soit tenté par une délocalisation. A commencer par le maire de Roubaix qui a demandé une rencontre rapide avec le Préfet.

“Nous nous sommes installés dans un coin de Roubaix qui est historiquement une zone industrielle, mais au début des années 2000, il n’y avait aucune activité et donc aucun bruit… et finalement, la rue où nous sommes installés n’a pas été classée comme Zone Industrielle (ZI) comme nos voisins à 100 mètres de l’autre côté du canal” se justifie Octave Klaba.

L’hébergeur se trouve donc dans une Zone Mixte où les normes en terme de bruit sont plus strictes et se retrouverait piégé “dans un imbroglio administratif”.

Dans quelques jours, la DREAL transmettra ses conclusions au Préfet qui decidera de la suite à donner au dossier.

“Nous attendons donc sa décision pour savoir si l’on peut rester à Roubaix ou si ce n’est pas possible (…) Nous avons investit plus de 60 millions d’euros dans les trois centres de données de Roubaix et nous comptons en construire une douzaine de nouveaux jusqu’en 2021″ glisse le directeur technique.

Pour se défendre, OVH va donc utiliser l’argument social puisque son activité représenterait à terme environ 250 emplois directs pour les centres de données et environ 1000 sur le service, le support et la R&D.

“Aujourd’hui, on n’imagine pas que Roubaix puisse se payer le luxe de faire partir une entreprise avec un tel potentiel d’emploi, à cause de l’entêtement d’une seule personne de la DRIRE” livre Octave Klaba.

Ce dernier dit recevoir “de façon incessante” des courriers électroniques de différentes régions de France et de Belgique qui se proposent pour que l’hébergeur vienne s’installer chez elles.

Avant de conclure que “quelque soit la décision du Préfet, l’activité d’Ovh ne s’arrêtera pas et nos clients n’ont aucune crainte à se faire. Dans le pire de cas, on va payer les amendes… le temps de transférer l’activité ailleurs”.

En d’autres termes : le Préfet devra choisir entre la préservation du tissu industriel et donc l’activité économique et la préservation du sommeil de quelques riverains…

Polémique : Dans le nord, OVH se dit piégé par la DREAL

Confronté aux arguments écologistes, Facebook a été l’une des premières entreprises du secteur IT à voir un projet de data center largement décrié.

En Europe, et notamment en France, un tel assaut contre un projet n’a jamais été relevé.

Toutefois, c’est en coulisses que cela bouge.

Si l’on en croit un article du journal Nord Éclair, l’hébergeur roubaisien OVH semble confronté pour la première fois à une problématique de respect de l’environnement.

Pour répondre à la demande d’installations de nouveaux serveurs (2 000 serveurs par mois), il lui faut construire de nouveaux centres de données énergivores. Mais ces bâtiments sont tenus de respecter certaines contraintes lorsqu’ils s’implantent sur un territoire comme nous l’avait confié lors d’une interview l’architecte Matthieu Chazelle du cabinet Enia.

C’est bien ce qui pose problème à OVH : La Dréal (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, ex-Drire, ndlr) impose désormais des contraintes très fortes à l’entreprise.

Henryk Klaba, PDG et père du fondateur d’OVH, explique à nos confrères que la Dreal souhaite qu’elle respecte “des normes de bruit comme dans un village touristique ! (…) J’étais pourtant persuadé d’être en zone industrielle”.

En 2009, à travers une vidéo postée par l’hébergeur, nous avions relevé un petit manquement dans la protection de l’environnement et dans une moindre mesure, le bruit émanant des groupes électrogènes.

Pour la Dréal du Nord Pas-de-Calais que nous avons cherché à joindre, en vain, les installations techniques de l’hébergeur font trop de bruit. Elle a donc demandé à OVH de ne pas dépasser 48 décibels.

Car c’est un fait, les systèmes de refroidissement fonctionnant en continu et les groupes électrogènes appelés à fonctionner au moins une fois par mois pour les cycles de tests, ont un niveau sonore dépassant cette limite.

Au final, cette problématique semble avoir poussé l’hébergeur à se tourner vers Strasbourg pour installer un nouveau centre de données.

Au grand dam du maire de Roubaix dont la ville a déjà payé un lourd tribu avec l’arrêt des usines textiles. Qui plus est, la pilule serait très difficile à avaler puisque OVH a créé près de 250 emplois directs sans bénéficier de la moindre subvention.

C’est désormais un bras de fer politique qui s’engage puisque le maire de Roubaix* qui a pris connaissance des déboires de l’entreprise locale via la presse, a sollicité le préfet de région pour lui faire part de son inquiétude.

OVH qui est en train de construire un quatrième centre et qui avait laissé entendre sa volonté d’aller encore plus loin, pourrait donc à l’avenir changer de stratégie entrainant avec ce mouvement, une perte potentielle d’emplois pour le territoire.

Le PDG de l’entreprise en serait même à regretter de s’être installé à Roubaix en 1999.

Entre économie et écologie, reste donc à savoir qui aura le dernier mot pour que l’aventure nordiste de l’hébergeur continue dans de bonnes conditions éco-environnementales…

* Lors de la rédaction de ce sujet, le maire de Roubaix n’était pas disponible pour répondre à nos questions

Une tour de serveurs est en train de sortir de terre à Roubaix

Comme annoncé il y a quelques mois dans ces colonnes par Octave Klaba, fondateur et directeur technique de l’hébergeur nordiste OVH, un nouveau centre de données est en train de sortir de terre.

Mais ce ne sera pas un centre comme les autres. Et pour cause, sa forme (une tour carrée avec une “cheminée” au milieu) est une nouveauté dans le secteur.

Situé à Roubaix, le long du boulevard Beaurepaire à quelques mètres des autres centres de données de la firme et de son siège, le bâtiment qui sera capable d’héberger 35 000 serveurs sera mis en production d’ici le début de l’année prochaine.

Dans la tour, l’air frais sera aspiré par toute la surface et l’air chaud qui sera extrait vers l’extérieur par les ventilateurs montera naturellement par la cheminée centrale.

Comme dans les autres centres, l’hébergeur utilise de l’eau pour refroidir ses machines au moyen d’un circuit de liquide de type watercooling qui passe par les composants et permet ainsi leur refroidissement. C’est cette eau qui passe ensuite par des ventilateurs, au nombre de seize dans le nouveau cube de données.

Interrogé par nos confrères de la Voix du Nord qui ont visité le chantier, l’un des dirigeants d’OVH (Henryk Klaba, père du fondateur, Octave) explique que “ce système n’utilise pas d’appareils de climatisation et permet une consommation d’énergie électrique la plus réduite possible.”

L’entreprise roubaisienne qui réfléchit également à la construction de centres similaires en France et en Europe, dit avoir cherché à “assurer le chauffage des habitations et entreprises voisines, par un simple système d’échangeur.”

Si vous avez une serre ou une grande piscine à chauffer qui serait située à proximité d’OVH, c’est le moment.

Crédit : OVH MAG / Juillet 2010 / Pages 166-167

L’hébergeur allemand “PlusServer” s’implante à Strasbourg

La France intéresse les hébergeurs et fournisseurs de services étrangers.

Pour preuve, l’hébergeur allemand PlusServer AG a décidé de créer son nouveau centre de données dans l’hexagone.

Ce data center baptisé “DataDock” est situé dans le port autonome de Strasbourg, à proximité de la frontière franco-allemande, dans un bâtiment abritant déjà le centre de données de SFR.

Près de trois ans auront été nécessaire au fournisseur allemand pour achever la construction de cette infrastructure d’une superficie de 4200 mètres carrés et qui représente un investissement de plus de 17 millions d’euros.

Pourquoi Strasbourg ?

Le choix de Strasbourg n’est pas sans raison puisqu’il s’agit en premier lieu d’un carrefour stratégique dans lequel se croisent de nombreuses liaisons optiques européennes (Paris-Francfort, Strasbourg-Bâle…) empruntées par la plupart des opérateurs internationaux.

Certains ont d’ailleurs un point de présence dans la ville ce qui permet à l’hébergeur de profiter de liaisons avec l’Allemagne et le reste du monde.

Le premier data center green… en Europe

La société se targue d’avoir mis en service le plus éco-efficace à ce jour en Europe avec un PUE record de 1,21.

PlusServer précise d’ailleurs qu’il a remporté le “eco Award 2010” en tant que meilleur centre de données et qu’il a reçu la meilleure note possible, à savoir cinq étoiles, au Datacenter Star Audit (DCSA).

Le refroidissement est l’un des points dont l’hébergeur est particulièrement fier. La méthode du puits artésien, reposant sur des grandes réserves en eau souterraine, a été utilisé pour réduire la consommation d’énergie en comparaison à un système de climatisation traditionnel.

Au total, si l’on prend en compte les matériels utilisés dans le centre, celui-ci fonctionnerait en économisant 66% d’énergie comparé à un centre de données similaire. A noter que la capacité électrique disponible est de 8 mégawatts.

La capitale alsacienne pourrait en tout cas devenir un lieu stratégique pour de nombreux acteurs du marché IT recherchant un foncier abordable, un climat tempéré et des liaisons télécoms longue distance.

D’ailleurs, un autre poids lourd du marché de l’hébergement en Europe, le français OVH (numéro 2 derrière 1et1), a entrepris la construction d’un centre à Strasbourg dont la mise en service devrait intervenir dans quelques mois…

L’hébergeur 1&1 se lance sur le marché polonais

La concurrence entre l’allemand “1&1″ et le français “OVH”, respectivement numéros 1 et 2 de l’hébergement en Europe, fait rage.

Après la course liée au nombre de serveurs hébergés, c’est sur le terrain de l’extension internationale que les deux sociétés rivalisent d’imagination.

OVH, une entreprise indépendante fondée par une famille polonaise venue s’installer dans le nord de la France, voit donc l’hébergeur allemand arriver en ses terres.

Pour l’occasion, le prestataire a répliqué une stratégie marketing déjà utilisé en France : lancer une offre promotionnelle incluant un hébergement gratuit avec un nom de domaine “.PL” durant deux ans.

Dans un communiqué, 1&1 indique que ses activités en Pologne seront gérées par la nouvelle filiale installée à Varsovie (1&1 Internet Sp. z o.o.).

Mais alors que l’allemand s’étend, OVH envisagerait de son côté de s’implanter dans certaines zones du globe où 1&1 n’est pas présent (Japon) ou aux États-Unis avec en prime la construction d’un centre de données.

OVH se propose d’héberger gratuitement France.fr

C’est un pied de nez que vient de faire OVH à ses concurrents qui pourraient être sollicités pour héberger le site vitrine de la France, “France.fr”.

Ce dernier a connu un lancement raté à cause d’une architecture technique “mal configuré” selon des responsables du service d’information du gouvernement (SIG). Sa remise en ligne ne pourrait pas intervenir avant fin Août.

Mais l’hébergeur roubaisien, faisant fi des procédures légales en matière de marchés publics, se propose “d’apporter son aide et d’héberger ce projet gratuitement durant 1 an avec autant de serveurs, de bande passante et d’hommes qui seront nécessaires pour maintenir le projet en fonctionnement et encaisser toutes les montées en charge qui se présenteront.”

Évidemment, pour héberger le site, le SIG doit obligatoirement relancer un appel d’offre, d’autant qu’un “don” au gouvernement serait sans doute mal perçu par d’autres entreprises qui pourraient estimer - à juste titre - qu’elles sont victimes d’un procédé illégal qui porte atteinte à la concurrence.

Dans le message diffusé sur son forum, le fondateur d’OVH, Octave Klaba, rappelle qu’il héberge 80000 serveurs dans 2200 baies et que son un réseau dispose d’une capacité proche d’un térabit par seconde.

Le dirigeant glisse enfin que sa société a une expertise en matière de création de maintenance de clusters de serveurs.

A coup sur, c’est une magnifique opération de communication…

Pour contrer une hausse des tarifs EDF, l’hébergeur OVH veut produire son énergie

La hausse - probable - des tarifs d’EDF peut-elle remettre en question le business model de certains hébergeurs et par extension, celui de leurs clients ?

C’est le scénario catastrophe pour les acteurs de l’hébergement qui avouent chercher des solutions permettant de palier une telle augmentation et ainsi ne pas la répercuter sur leurs clients.

Nous avons posé quelques questions sur le sujet à Octave Klaba, fondateur et directeur technique d’OVH, leader français sur le marché…

(Interview réalisée le 14 mai 2010)

ITespresso : Comment OVH a-t-il pris en compte les coûts liés à l’énergie dans ses prestations ?

O. Klaba : La facture EDF est notre premier centre de coût. Depuis 2004, année où nous avons construit notre premier datacenter, nous travaillons sur la question de l’énergie selon deux axes : L’économie d’énergie et la production de cette énergie. Cela est essentiellement dû à notre modèle d’affaire dans lequel notre client nous achète un service de location de serveur au forfait et ne paie donc ni l’énergie consommée par le serveur ni la bande passante consommée. C’est un forfait simple tout compris.

Au niveau des économies d’énergie, dès 2004, nous avons développé le watercooling industriel et en 2007, les éco-salles. En résumé, nous avons remplacé les climatisations par le watercooling et l’aircooling industriel. Aujourd’hui, 80 000 serveurs sont refroidis à 100% par ces technologies développées en internes et comme nous n’avons plus de climatisation dans nos centres, notre PUE est de moins de 1.12 toute l’année.

ITespresso : Pourtant malgré vos optimisations, votre serveur “low cost” (Kimsufi, ndlr) avait vu son prix augmenter…

O. Klaba : Malgré les travaux que nous menons sur les économies d’énergie si nos couts venaient à changer à cause d’une augmentation du prix de cette énergie, nous risquons de vendre à perte surtout sur les services d’entrée de gamme. En 2009, EDF a augmenté ses tarifs et nous avons dû ainsi revoir le prix de notre serveur dédié d’entré de gamme “Kimsufi” qui est passé de 19,99 Euro HT/mois à 29,99 Euro HT/mois. A 29,99 Euro HT/mois, l’offre reste la moins chère sur le marché (mondial ?) mais cela a été très mal vécu en interne et par nos futurs clients (nous n’avons pas augmenté le prix de serveurs déjà en location, uniquement sur les nouveaux contrats).

Dès 2006, nous avons bien identifié ce risque de hausse de prix de l’énergie comme un risque de remise en cause de notre modèle. La probabilité du risque sur le long-terme est… de 100%. C’est normal puisque l’énergie devient de plus en plus rare et donc coûteuse à produire.

ITespresso : La solution serait donc de produire cette énergie par vos propres moyens ?

O. Klaba : Il est pour nous essentiel de maitriser la production de l’électricité aussi rapidement que possible. Nous avons travaillé sur différents projets pour être notre propre producteur d’énergie. Nous avons étudié l’utilisation de l’huile de colza pour la production de l’énergie “sur place”. Les discussions politiques et les lois en 2006/2007 n’étaient pas stables pour faire les investissements dans cette technologie. Depuis, nous regardons de très près la production d’énergie éolienne et solaire. Mais à nouveau, les lois ne sont pas stables et les opportunistes financiers bloquent la création de nouveaux champs de production d’énergie propre. En gros, EDF “sponsorise” cette production et donc il y a beaucoup d’investisseurs purement financiers qui ont investit dedans car cela était plus rentable que la bourse. Et en même temps, ils ne souhaitent pas faire entrer de nouveaux producteurs de taille moyenne comme OVH.

ITespresso : Donc OVH cherche à devenir fournisseur d’électricité ?

O. Klaba : On cherche en effet à créer des champs de 10-20 KVA mais il n’est pas évident de trouver les bons interlocuteurs. OVH a prévu d’investir 10 millions d’euros en 2010 dans l’éolien mais le projet n’avance pas assez vite et sera probablement décalé à 2011 voir 2012. Nous finirons probablement par créer une filiale qui prendra en charge le dépôt de dossier et se chargera de tous les aspects techniques. “Faire soi-même”, c’est encore une fois la seule manière d’avancer. Notez que beaucoup d’interlocuteurs veulent vendre de l’énergie verte alors que nous voulons en produire non pas pour revendre à EDF mais pour alimenter nos datacenters. C’est un choix moins rentable que la revente à EDF mais à notre niveau, ce n’est pas une question purement financière, c’est une question de sécurité au niveau des coûts de revient et de centres de coûts.

ITespresso : Dans le nord de la France (OVH est implanté à Roubaix, ndlr), il y a donc du vent mais pas assez de soleil ?

O. Klaba : Depuis 2009, nous étudions les panneaux solaires pour produire de l’électricité, mais nous n’avons pas encore terminé les R&D sur ce sujet. Il faut un recul d’au minimum un an sur la question avant de tirer des conclusions. Le stockage de l’énergie est très complexe et il faut donc imaginer des systèmes mixtes avec un secours sur source EDF. Ce genre de solution est intellectuellement peu satisfaisante mais la seule qui puisse faire fonctionner le centre sans interruption.

ITespresso : Selon vous, le nucléaire doit tendre à être délaissé ou au contraire, doit-il être plus que jamais une source primaire et durable pour produire de l’énergie ?

O. Klaba : OVH suit de très près les nouvelles lois au tour de l’énergie qui doivent être discutées et votées prochainement. Nous souhaitons acheter comme tous les autres opérateurs, de l’énergie nucléaire à EDF. Le nucléaire est compatible à 100% avec le fonctionnement de datacenter, c’est l’énergie parfaite pour nous. En effet, un centre informatique consomme une puissance constante en permanence et les variations sont de moins de 3% entre le jour et la nuit. Il n’y a pas de pic de consommation le soir ni de consommation différente en été et hiver (avec le watercooling et l’aircooling). Les centrales nucléaires produisent aussi une puissance constante tout le temps. Arrêter puis redémarrer un réacteur est une procédure complexe.

A l’opposé, ce qui est complexe c’est d’acheter de l’énergie nucléaire et la vendre aux particuliers qui consomment le soir plus que dans la journée. Il faut compléter cette énergie nucléaire avec l’énergie venant de centrales thermiques. Avec les centres de données, nous n’avons pas ce problème et c’est pourquoi nous souhaitons profiter d’une réforme à venir pour assurer nos coûts de revient et faire de sorte que les centres de données poussent dans l’hexagone et dans le reste de l’Europe.

ITespresso : Justement sur ce point, qu’en est-il de vos projets en France et en Europe ?

O. Klaba : Actuellement nous sommes en construction du cinquième centre qui est un concept de tour de refroidissement: 7 étages de containers posés les uns sur les autres forment un carré au sol ce qui permet d’aspirer l’air à l’extérieur du carré et expiré au centre vers le haut.

Nous allons démarrer dans un mois la construction d’un centre de données à Strasbourg. On étudie également la construction d’un bâtiment à Madrid ou à Montpellier mais la décision n’est pas encore prise.

Tout dépendra des opportunités locales. Pour l’instant, on cherche le terrain…

Bonus vidéo : Roubaix 4, une “tour” de serveurs

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